Génération 70, une Tranche de Vie racontée par Edelweiss ! Edelweiss, Génération 70
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La Gloire de mon père - Le Château de ma mèreLa Gloire de mon père - Le Château de ma mère

Et elle fondait en larmes.

Quand le survenant se mit à bouger, elle eut des accès de fou rire, entre deux crises de sanglots.

Effrayé par ce comportement déraisonnable, mon père appela au secours sa sœur aînée. C’était elle qui l’avait élevé. Elle était (naturellement) directrice d’école à La Ciotat, et célibataire.

La grande sœur fut tout à fait ravie, et décida qu’il fallait sur-le-champ installer ma mère chez elle, sur le bord de la mer latine : ce qui fut fait le soir même.

On m’a dit que Joseph en fut charmé, et qu’il profita de sa liberté pour conter fleurette à la boulangère, dont il mit en ordre la comptabilité : voilà une idée déplaisante, et que je n’ai jamais acceptée.

Pendant ce temps, la future maman se promenait le long des plages, sous le tendre soleil de janvier, en regardant au loin les voiles des pécheurs, qui partaient à trois heures vers le soleil couchant. Puis, près du feu où sifflotait la flamme bleue des souches d’olivier, elle tricotait le trousseau de sa bondissante progéniture, tandis que la tante Marie ourlait des langes, en chantant d’une jolie voix claire :

Sur le brick léger que le flot balance,

Quand la nuit étend son grand voile noir...

Elle était maintenant rassurée, d’autant que son cher Joseph venait tous les samedis, sur la bicyclette du boulanger. Il apportait des croquants aux amandes, des tartes à la frangipane, et un sachet de farine blanche pour faire des crêpes ou des beignets.

Elle avait pris de belles couleurs, et tout s’annonçait le mieux du monde, lorsqu’au petit matin du 28 février, elle fut réveillée par quelques douleurs.

Elle appela aussitôt la tante Marie, qui décréta que ce n’était rien, puisque le docteur avait annoncé la naissance d’une fille pour la fin du mois de mars ; puis, elle ralluma le feu, pour mettre en route une tisane. Mais la patiente affirma que les docteurs n’y comprenaient rien, et qu’elle voulait retourner tout de suite à Aubagne.

"Il faut que l’enfant naisse à la maison ! Il faut que Joseph me tienne la main ! Marie, Marie, partons vite ! Je suis sûre qu il veut sortir !"

Le château de ma mère :

D’un fourré, près de la porte, sortit un homme de taille moyenne, mais énorme. Il portait un uniforme vert et un képi. À sa ceinture était suspendu un étui de cuir d’où sortait la crosse d’un revolver d’ordonnance. Il tenait en laisse, au bout d’une chaîne, un chien affreux, celui que nous avions si longtemps redouté.

C’était un veau à tête de bouledogue. Dans son poil ras d’un jaune sale, la pelade avait mis de grandes tâches roses, qui ressemblaient à des cartes de géographie. Sa patte gauche arrière restait en l’air, agitée de saccades convulsives, ses épaisses babines pendaient longuement, prolongées par des fils de bave, et de part et d’autre de l’horrible gueule, deux canines se dressaient, pour le meurtre des innocents. Enfin, le monstre avait un œil laiteux, mais l’autre, énormément ouvert, brillait d’une menace jaune, tandis que de son nez glaireux sortait par intervalles un souffle ronflant et sifflant. Le visage de l’homme était aussi terrible. Son nez était piqueté de trous, comme une fraise, sa moustache blanchâtre d’un côté, était queue de vache de l’autre, et ses paupières inférieures étaient bordées de petits anchois velus. Ma mère poussa un gémissement d’angoisse, et cacha son visage dans les roses tremblantes.

La petite sœur se mit à pleurer. Mon père, blême, ne bougeait pas. Paul se cachait derrière lui, et moi, j’avalais ma salive…

L’homme nous regardait sans rien dire ; on entendait le râle du molosse.

"Monsieur, dit mon père…

  • Que faîtes-vous ici ? hurla soudain cette brute. Qui vous a permis d’entrer sur les terres de M. le Baron ? Vous êtes ses invités, peut-être, ou ses parents ?"



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